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Alessandra Carloni: «mes œuvres sont des histoires inimaginables»

Née à Rome en 1984, elle est, cette année, l’auteure de l’affiche du Festival du Film Italien de Villerupt. Très proche du monde de Fellini, son travail est plein d’onirisme et de science-fiction.
Entre street art et travail d’atelier, elle nous offre un moment de quiétude pour un temps qui s’arrête

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Tes œuvres semblent toutes raconter une histoire : c’est ton intention d’artiste ? Il y a un lien entre tes œuvres et le cinéma ?
C’est vrai, mes œuvres sont des récits, des histoires invraisemblables et des rêves, toujours reliés à un concept qui n’est pas immédiatement lisible, mais qui est à interpréter à travers la lecture du tableau et l’histoire qui y est représentée. Il ya surement un rapport avec le monde du cinéma, en particulier celui de Fellini, qui est riche de symboles métaphysiques et oniriques. Et il y a beaucoup de science-fiction surtout dans ma série des machines volantes avec une influence steampunk ou une influence des visions futuristes et urbaines de Metropolis et Blade Runner.

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A une époque où les fresques en extérieur semblent liées surtout dans leur esthétique, aux graffitis et au stencil, et dans leur contenu au courant conceptuel ou à la contestation, quelle est ta motivation pour réaliser des œuvres murales avec un style et des thèmes si éloignés du street art conventionnel ?
Bien sûr, ma façon de faire du street art n’est pas celle que l’on voit d’habitude ici ou ailleurs. Personnellement je ne m’intéresse pas aux dénonciations politiques, sociales ou culturelles. En fait, je fais sur les murs le même travail que dans la peinture, c’est-à-dire la construction d’un rêve. Je cherche à ouvrir une porte vers un monde onirique et vers une légèreté, en l’insérant dans un tissu urbain. Dans mes univers, je cherche à offrir une sortie du quotidien, un moment de quiétude et de suspension du temps. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de message dans mes œuvres. Au contraire il y a un message qui n’est pas immédiatement déchiffrable parce que ce n’est ni un langage photographique ni un langage hyperréaliste. Il y a quand même un concept toujours lié au présent, même s’il passe par la clé onirique du rêve.

A première vue, tes œuvres et ton style pourraient être assimilés à certaines œuvres du mouvement Transavanguardia. C’est voulu ou c’est une simple coïncidence ? Selon toi, il y a encore un sens à faire de l’art figuratif aujourd’hui ? Et à quels artistes se réfère ton travail ?

Le lien avec la Transavanguardia est plus inconscient que voulu, je n’ai jamais fait référence aux artistes de ce mouvement, mais il y a surement des similitudes avec certaines couleurs et le choix d’un thème onirique. Je crois que, de nos jours, l’art figuratif est encore important et le retour de l’art figuratif réaliste et hyperréaliste dans le marché le démontre. C’est le « nouveau réalisme » qui depuis 20 ans continue à dominer en Italie et à l’étranger dans les salons et dans les galeries. L’art figuratif peut encore raconter, et selon moi il permet de cueillir un message derrière l’image et ceci de manière personnelle. Dans mon travail, il y a de multiples références au monde de l’illustration comme à celui de la peinture. Juste pour citer quelques noms dans le domaine de l’illustration : Shaoun Tan, Mattotti Rebecca Dautremer, Pinter ; dans la peinture : Infante, Possenti, Talani, Tadini, Mendoza et dans l’histoire: Hopper, Bosch, Magritte, il futurismo italiano.

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Tu as commencé ta formation de manière plutôt traditionnelle, avec une formation aux Beaux-arts. Penses-tu que l’école des Beaux-arts soit encore pertinente dans la formation d’un artiste et dans quelle mesure pour toi ?

J’ai passé mes années à l’école des Beaux-arts quand on y faisait encore beaucoup de pratique et je me souviens que nous passions des journées entières à peindre au point que nous oublions le reste des cours. Maintenant, les mêmes écoles se basent beaucoup plus sur la théorie, avec un important retour d’un art performatif voire conceptuel, comme si c’était ça l’avenir alors qu’en réalité les plus grandes révolutions dans ce sens ont débuté dans les années 60. C’est seulement un cycle qui se répète, annulant le fondement des écoles qui devrait être le « savoir faire » pour raconter notre époque.

Et à l’étranger, aux Etats Unis surtout, on continue à donner de la valeur à « faire de la peinture », en termes de haute qualité professionnelle ; et c’est effectivement de cette école que sortent de très bons artistes. L’école doit donner une méthode, ensuite ce sera l’artiste lui-même qui choisira son propre parcours et sa propre poétique. Mais s’il perd cette fonction l’artiste devient une simple machine qui, n’ayant pas eu la possibilité de choisir son style, s’arrêtera.

Article de Maurizio Fusillo. Traduit de l’italien par Philippe Poivret

www.alessandracarloni.com

 

 

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